Petit patrimoine sostranien

Petit patrimoine du centre-ville

Le petit patrimoine lié à l’eau

Le pays Sostranien recèle un patrimoine lié à l’eau particulièrement riche : fontaines, lavoirs, puits et ponts témoignent de l’histoire locale et de l’écoulement du temps. Autant d’éléments qui constituent un héritage précieux à l’échelle du territoire, et dont la conservation comme la restauration méritent d’être encouragées.

LES LAVOIRS :

Le patrimoine sostranien compte deux types de lavoirs :

  • Les lavoirs ouverts pouvaient appartenir aussi bien à un village qu’à une ferme, comme le petit lavoir de Bridiers, situé sur une propriété privée en direction de Dun-le-Palestel.
  • Les lavoirs couverts, toujours collectifs et publics, étaient quant à eux généralement établis au bord d’une rivière aménagée ; le lavoir de Brëdji est le seul exemplaire de ce type sur la commune.

Apparus à la fin du XVIIIe siècle dans un souci d’hygiène publique, les lavoirs facilitaient la corvée de lessive.

On y transportait en brouette le linge préalablement trempé, puis il fallait rincer, battre et tordre, avant d’étendre draps et chemises sur les buissons. La tâche était pénible, mais l’ambiance joyeuse.

Ces espaces étaient réservés aux femmes, à qui les tâches ménagères étaient imposées. Tenus à l’écart, les hommes en firent vite des lieux de commérages.
Mais au-delà de cette image, le lavoir offrait aux femmes l’un des rares espaces où elles pouvaient se retrouver et échanger librement, et les premières consciences féministes s’y sont sûrement éveillées.

Progressivement abandonnés au XXe siècle avec l’essor des machines à laver, les lavoirs sont aujourd’hui des lieux de détente et de promenade, précieux pour le cadre de vie. Ils résonnent encore, à qui sait les entendre, des rires et des chants d’autrefois.

LES FONTAINES :

Le territoire sostranien recèle de nombreuses sources, jaillissantes ou captées, qui lorsqu’elles sont aménagées prennent le nom de fontaines. Ces lieux symbolisent la source de vie et ont, de tout temps, nourri de nombreuses croyances. Parmi elles, les « Bonnes-Fontaines », fontaines de dévotion, auxquelles on attribuait le pouvoir de prévenir ou guérir les maladies par la vertu de leur eau.

À La Souterraine, le site de Bridiers en conserve un exemple remarquable : la fontaine Saint-Marc, également surnommée Font César, selon la légende que César y aurait abreuvé son cheval. Elle était particulièrement réputée pour remédier aux maux abdominaux. La croyance voulait qu’il ne suffise pas de boire son eau : il fallait aussi se frotter le ventre contre la margelle pour que le miracle s’accomplisse. Des processions collectives y étaient autrefois organisées à cet effet, et on lui prêtait en outre le pouvoir de faire tomber la pluie.

Ces rituels ne se sont éteints que très récemment.

LES BAINS-DOUCHES :

Au XIXe siècle, l’autorité publique érige l’hygiène en cause d’intérêt public et engage une politique sanitaire en faveur des classes populaires. C’est dans ce contexte que les bains-douches se popularisent sur l’ensemble du territoire français.

En Creuse, c’est la Caisse d’Epargne qui joue le rôle principal de maître d’ouvrage, notamment à Guéret, La Souterraine et Aubusson, où elle s’implique activement sur le plan social. C’est ainsi qu’en 1929, la Caisse d’Epargne de La Souterraine choisit d’ériger son propre établissement de bains-douches.

Le bâtiment se distingue par sa façade majoritairement jaune, ornée de mosaïques colorées représentant un paysage maritime : côte rocheuse, mer et ciel bleu azur. Aujourd’hui, il est occupé par un propriétaire privé.

Le petit patrimoine décoratif

Pour l’œil attentif, le cœur de ville réserve bien des surprises : façades ornées, détails sculptés, éléments décoratifs singuliers qui confèrent à chaque bâtiment son caractère propre.

LES LINTEAUX DE PORTES :

Le linteau est la pièce horizontale qui coiffe portes et fenêtres. Minimaliste ou richement orné, il peut être façonné dans des matériaux très variés.

À La Souterraine, trois linteaux de portes arborent des étoiles à cinq branches.
Selon certains observateurs locaux, elles renverraient à la symbolique maçonnique, sans exclure une lecture céleste, le chiffre cinq étant traditionnellement associé à la perfection.

LES MODILLONS :

Le modillon est un élément architectural sculpté, dont la fonction est de soutenir une corniche, un avant-toit ou un balcon. Chaque modillon est unique : il représente un motif ou un symbole particulier, offrant ainsi une lecture décorative autant que structurelle.

À La Souterraine, ils sont omniprésents : l’église, la mairie et nombre de maisons en sont ornés, pour qui prend le temps de lever les yeux.

LA BRIQUE ORNEMENTALE :

Si la brique est un matériau rare dans les constructions du Pays Sostranien, elle apparaît néanmoins à La Souterraine comme élément décoratif, venant orner façades et maisons de touches de couleur et de relief.

LA MOSAÏQUE :

Né dans les années 1910 et porté à son apogée durant l’entre-deux-guerres, l’Art Déco est avant tout un style décoratif qui célèbre les métiers d’art et l’artisanat, à travers des motifs géométriques et linéaires.

Les arts du feu (céramique, verre, fer forgé), reviennent alors en grâce et investissent autant l’architecture que le mobilier.

La mosaïque, en particulier, s’impose comme un ornement de façade prisé, signe de distinction pour qui souhaite afficher son goût du temps.

La Souterraine n’échappe pas à cet engouement : quelques maisons en ville en portent encore fièrement la trace.

LES PUBLICITÉS PEINTES :

Au milieu du XXe siècle, les publicités peintes sont omniprésentes dans le paysage urbain, offrant aux commerces une visibilité maximale sur les façades de la ville.

À La Souterraine, certaines de ces enseignes peintes signalent des commerces toujours en activité, tandis que d’autres sont les vestiges d’établissements disparus, comme les célèbres publicités Dubonnet, dont les traces subsistent encore sur quelques murs.

Le petit patrimoine religieux

Chaque commune du territoire compte son église. On note également un grand nombre de chapelles situées dans des hameaux, ainsi que des croix le long des routes.

LA CHAPELLE DE LA RECLUSE SAINT-EUTROPE :

La chapelle Saint-Eutrope tient son nom de saint Eutrope, premier évêque de Saintes, qui aurait vécu aux IIIe ou IVe siècle de l’ère chrétienne.

Édifice très modeste, elle aurait été construite au XVIe siècle. Elle abritait une recluse, figure familière de la ville médiévale, qui, selon la tradition, vivait retirée du monde pour expier les fautes des habitants. Accompagnée jusqu’à sa loge au cours d’une importante cérémonie religieuse, elle y demeurait enfermée, le plus souvent jusqu’à sa mort.

Le petit patrimoine : les bornes de seigneurie

Le long des routes de La Souterraine, certaines pierres dressées attirent le regard : il s’agit de bornes de juridiction, dont la plus emblématique est celle de la Jéraphie.

Souvent confondue à tort avec un menhir, cette borne se dresse en bordure de l’ancienne route médiévale Limoges-La Souterraine.

Elle marquait vraisemblablement la frontière entre la justice de la vicomté de Bridiers et celle de la prévôté de La Souterraine, qui relevait des moines de Saint-Martial de Limoges.

Sa datation reste incertaine, quelque part dans la longue tranche chronologique du Moyen Âge.

Le petit patrimoine : la réutilisation des pierres

Dans les anciennes communes, il est courant que les matériaux d’un bâtiment abandonné soient réemployés dans d’autres constructions. Bridiers en offre un exemple concret : deux portes issues de la tour ont ainsi été remployées sur une grange voisine.

On remarque également, sur une maison du même bourg, une pierre gravée d’un symbole qui pourrait être associé à Cernunnos, dieu gaulois incarnant le renouveau et le cycle biologique de la nature.