Le délit de fraude fiscale peut revêtir de nombreuses formes. Les cas de fraude les plus courants sont les suivants :
L’omission volontaire de déclaration dans les délais prescrits
La dissimulation volontaire de sommes sujettes à l’impôt
L’organisation d’insolvabilité
Le délit comptable
Depuis le 1er janvier 2024, le délit de facilitation de la fraude fiscale est également poursuivi.
Omission volontaire de déclaration dans les délais prescrits
L’omission déclarative correspond à l’absence de déclaration dans les délais prévus pour faire parvenir la déclaration à l’administration fiscale.
Il s’agit de toute déclaration fiscale devant être déposée dans un délai déterminé, par exemple : la déclaration annuelle de revenus (IR), la déclaration de résultats en matière d’impôt sur les sociétés (IS) ou la déclaration mensuelle de TVA.
Dès lors que l’omission est intentionnelle, peu importe que la déclaration soit inexistante ou seulement tardive. L’ampleur du retard est indifférente et le paiement tardif de tout ou partie des impôts fraudés ne fait pas disparaître l’infraction commise.
Exemple
L’omission déclarative peut être illustrée par de nombreuses situations :
Fausse domiciliation à l’étranger : le contribuable prétend être domicilié dans un autre État où l’impôt est moins élevé qu’en France ou dans lequel aucune déclaration n’est exigée. Le contribuable simule une domiciliation fictive (ex : location d’un local dans le pays choisi, création d’une société de façade y ayant son siège, etc.) et en même temps dissimule l’ancrage en France (utilisation de comptes bancaires ouverts au nom d’autrui, occupation de locaux attribués à une autre société, etc.).
Exercice d’une activité déguisée : le contribuable prétend exercer une activité (ex : promotion de produits touristiques pour des sociétés situées en Afrique) qui n’est pas imposable, alors qu’il exerce en réalité une activité d’agence de voyages quant à elle soumise à l’impôt.
Exercice occulte d’une activité : le contribuable exerce une activité imposable de manière dissimulée (absence d’immatriculation au RCS , paiements en espèces, comptes bancaires à l’étranger, etc.) pour échapper aux déclarations fiscales.
Placement sous un régime fiscal indu : le contribuable se place sous le régime simplifiée de la TVA et remplit l’obligation déclarative annuelle qui y est rattachée, sans procéder aux déclarations mensuelles découlant du régime normal d’imposition auquel il est en réalité soumis de par son activité.
Dissimulation volontaire de sommes soumises à l’impôt
La dissimulation correspond au défaut d’inscription de sommes imposables dans une déclaration fiscale. Le plus souvent, la dissimulation se traduit par l’indication d’un montant inexact dans la déclaration. La dissimulation implique non pas une absence de déclaration mais une déclaration mensongère ou incomplète.
Exemple
Pour dissimuler les sommes non déclarées, le contribuable peut avoir recours à des manoeuvres frauduleuses : exercice occulte d’une activité, dépenses personnelles enregistrées dans les charges de la société, encaissements de fonds en espèces, ouverture d’un compte bancaire secret…
Ces dépenses fictives ou majorées sont alors passées en comptabilité au moyen de faux documents. Par exemple, une société qui déclare en charge le coût de travaux prétendument effectués par un sous-traitant mais en réalité réalisés par ses propres salariés.
À noter
La dissimulation peut être constituée même si les sommes omises dans la déclaration fiscale sont inscrites en comptabilité. La bonne tenue des livres comptables et la mise à disposition de ceux-ci aux agents de l’administration fiscale n’empêchent pas la constitution de l’infraction.
Il existe une « tolérance légale » en matière de dissimulation. Le montant des sommes non déclarées doit dépasser 1/10e de la somme imposable ou 153 € pour que l’infraction soit constituée.
Organisation d’insolvabilité
L’organisation d’insolvabilité correspond à l’accomplissement d’un ensemble de mesures en vue d’être dans l’impossibilité de payer sa dette d’impôt, en raison d’un actif insuffisant.
Exemple
Le contribuable met hors d’atteinte des sommes que le Trésor public aurait pu appréhender : en veillant à maintenir ses comptes bancaires à découvert pour échapper à toute saisie et en cumulant des dettes fiscales.
Délit comptable
Le délit comptable consiste en :
L’absence de tenue d’un livre-journal ou documents équivalents (ex : grand-livre, livre de paie, pièces justificatives des achats et des ventes, registre des procès-verbaux d’assemblées générales, inventaire des stocks).
La tenue d’écritures fictives ou inexactes (ex : enregistrement en comptabilité de fausses factures).
L’administration fiscale peut également engager des poursuites lorsque les écritures comptables sont tenues sur des supports ne lui permettant pas de mener des contrôles.
Exemple
Un établissement de restauration utilise un logiciel informatique qui ne permet pas la conservation des données informatiques élémentaires au-delà de 35 jours. Ce logiciel permet également de modifier les données saisies sans qu’aucune trace n’apparaisse sur le support papier. Dans cette hypothèse, l’établissement peut être condamné sur le fondement du délit comptable.
Mise à disposition d’instruments de facilitation de la fraude fiscale
Depuis le 1er janvier 2024, l’administration fiscale peut également poursuivre toute personne mettant à disposition des instruments de facilitation de la fraude fiscale.
Concrètement, ce délit vise la mise à disposition de moyens permettant à l’entreprise de se soustraire frauduleusement à l’impôt. Il s’agit des moyens suivants :
L’ouverture de comptes ou la souscription de contrats auprès d’organismes établis à l’étranger.
L’interposition de personnes physiques ou morales établis à l’étranger. L’interposition consiste à introduire, dans la relation qu’entretient le contribuable fraudeur avec une autre personne, un intermédiaire établi à l’étranger afin de provoquer indument l’incompétence de la loi fiscale française.
L’usage d’une fausse identité ou de faux documents ou de toute autre falsification. Il peut s’agir par exemple de faire usage d’un faux nom et d’une fausse adresse pour ouvrir un compte bancaire en vue d’y dissimuler des fonds. Il peut aussi s’agir de se prévaloir de fausses factures afin d’accréditer l’existence de dépenses fictives.
La justification d’une domiciliation fiscale fictive ou artificielle à l’étranger. Le fraudeur cherche ainsi à échapper à la loi fiscale française en revendiquant de manière injustifiée une conformité à la loi fiscale d’un autre pays (éventuellement un « paradis fiscal ») dans lequel il importe peu qu’il respecte ou non ses obligations.
La réalisation de toute autre manœuvre destinée à égarer l’administration.
Ce délit est complètement autonome. Il existe même en l’absence de poursuites ou de condamnation pour des faits de fraude fiscale.
Ce nouveau délit permet de poursuivre, sans attendre la condamnation de l’entreprise, tous les intermédiaires qui proposent des montages d’évasion fiscale (experts-comptables, banquiers, notaires, avocats…).
Exemple
Ce délit permet de poursuivre plus facilement les profils suivants :
Usagers créant des comptes privés sur les réseaux sociaux incitant ouvertement leurs abonnés à bénéficier frauduleusement de restitutions d’impôt sur le revenu sous réserve que l’abonné leur transmette ses identifiants et mot de passe sur www.impots.gouv.fr accompagnés d’un RIB et d’un justificatif d’identité. En contrepartie le détenteur du compte privé bénéficie d’une rémunération proportionnelle à la restitution d’impôt sur le revenu obtenue par l’usager.
Cabinets de conseil commercialisant des montages de défiscalisation avec la complicité d’une banque établie hors de France. Leur offre de services consiste en la création de structures à l’étranger chargées, soit d’émettre des factures fictives à destination de sociétés françaises pour leur permettre de diminuer leur résultat fiscal et transférer les fonds correspondant à l’étranger, soit de facturer en lieu et place des sociétés françaises des prestations à leurs clients, permettant aux entreprises françaises de diminuer leur chiffre d’affaires et à leurs dirigeants de l’appréhender frauduleusement hors de France.